Remaniement : un groupe de travail propose une reconduction tacite des ministres, résiliable avec un mois de préavis par lettre recommandée
Pour en finir avec les remaniements à répétition, un groupe de travail propose d'aligner la durée des fonctions ministérielles sur celle d'un abonnement. Mediatart a consulté le projet de « conditions générales de nomination », qui crée au passage trois nouveaux ministères.
Le document s'intitule « Conditions générales de nomination » et compte 19 articles, rédigés dans le style rassurant des contrats de téléphonie. Il est le fruit d'un groupe de travail chargé de « stabiliser l'action gouvernementale » après une série de remaniements que plus personne, y compris certains ministres, ne parvient à dater.
Son idée centrale est l'abonnement. Chaque ministre serait nommé pour douze mois, reconductibles tacitement. Il ne serait remplacé que sur résiliation, adressée par lettre recommandée avec un mois de préavis. « Cela apporte de la visibilité, explique un membre du groupe. Les ministres savent quand ils partent, ou plutôt, ils savent qu'ils ne partent pas. »
Trois nouveaux ministères
Le projet annexe un nouvel organigramme. Il crée un ministère de la Sérénité publique, chargé de « mesurer et d'améliorer le calme national », un Haut-Commissariat à la Présence numérique, qui veillerait à ce que chaque citoyen dispose d'un compte « à jour et visible », et un secrétariat d'État aux Bonnes nouvelles, chargé de « reformuler les mauvaises ».
Ce dernier dispose déjà d'un lexique. Une hausse d'impôt devient « un effort partagé ». Une fermeture de service public, « une rationalisation de la proximité ». Une file d'attente, « une opportunité de rencontre ».
Résilier un ministre
L'article 14 prévoit que les citoyens puissent, eux aussi, résilier un ministre. La procédure est détaillée avec soin. Le courrier doit être adressé en recommandé, accompagné d'une pièce d'identité, d'un justificatif de domicile et d'un « motif raisonnable ». Il est déposé au guichet unique, ouvert le mardi de 10 h à 10 h 15.
Un délai de rétractation de quatorze jours est prévu, au cours duquel le citoyen est contacté par un conseiller chargé de « comprendre son mécontentement » et de lui proposer « une offre de fidélité ».
Les lettres de résiliation ne sont pas lues par un agent. Elles sont scannées et analysées par une IA de « gestion de l'insatisfaction », qui y répond automatiquement par une offre de fidélité. Lors du test, elle a proposé à un citoyen mécontent de garder son ministre trois mois de plus, « offerts ».
Le thermos
Didier, facteur à Montluçon, a lu le projet dans un journal oublié sur un banc. Il a fait signer une lettre de résiliation à chacun des habitants de sa tournée : 312 signatures, dont celle d'une institutrice à la retraite qui a corrigé deux fautes.
Il s'est présenté un mardi à 10 h 02. Le guichet était fermé pour remaniement. Il a laissé les lettres sur le comptoir, avec un thermos de café, au cas où quelqu'un viendrait travailler.
Mathilde Cerquand