Après les émeutes, sortir ce soir n'est pas interdit. Juste très suspect
Au lendemain d'une journée contre la vie chère qui a tourné au chaos dans plusieurs villes, et alors que la tension revient place de la République, le Président parle à 20 h. Selon une note consultée par Mediatart, tout a été prévu. Surtout pour ceux qui ne regarderont pas.

Ce soir, personne n'est obligé de regarder le Président. C'est la note qui le dit, en gras. Elle ajoute, en plus petit, que ceux qui ne regarderont pas « seront accompagnés ».
Sortir n'est pas interdit non plus. Simplement, votre téléphone vous demandera trois fois si vous êtes sûr. Puis il préviendra votre assurance, « pour votre sécurité ».
Le discours était prêt avant
Selon nos informations, le texte de 20 h était écrit bien avant samedi. Il n'a fallu changer que le titre. Le mot « fermeté » y était déjà, au troisième paragraphe, entre deux remerciements.
La commission sur la commission
Une commission d'enquête sur le maintien de l'ordre est réclamée. Le gouvernement est d'accord sur le principe. Il propose même de créer d'abord une commission pour choisir la date de la commission.
Les réactions écrites à l'avance
Pour gagner du temps, un assistant numérique s'en est chargé. La majorité dira « responsable ». L'opposition dira « trop tard ». Les éditorialistes diront les deux, en se demandant si cela suffira.
Un conseiller reconnaît un oubli : rien n'a été prévu pour les gens qui, ce matin, ont pris un balai pour aider leurs voisins. « On ne savait pas dans quelle case les mettre. »
Dans la cuisine de Sophie
Sophie habite un deux-pièces à Paris, pas loin de République. Elle fait une soupe. Elle a fermé la fenêtre à cause de l'odeur dehors.
Sur le canapé, son fils de quinze ans voulait sortir voir. Son téléphone lui a demandé trois fois s'il était sûr. Il a regardé sa mère, la louche à la main. Il a répondu non, a posé le téléphone et il est allé mettre la table.
Mathilde Cerquand