Présidentielle : contre les deepfakes, les candidats devront prouver en direct qu'ils ne sont pas des IA, plusieurs échouent au test
Pour lutter contre la prolifération des vidéos truquées pendant la campagne, une autorité fictive de régulation propose d'imposer aux candidats un test d'humanité avant chaque intervention télévisée. Mediatart a consulté les résultats de la phase pilote.
La proposition tient en une page et répond à une inquiétude réelle : la multiplication des vidéos truquées par IA en période électorale, contre lesquelles les obligations d'étiquetage peinent à suivre. L'Autorité de l'authenticité, institution fictive créée pour l'occasion, propose une solution radicale : faire passer aux candidats, en direct, avant chaque intervention, le même test que celui qu'on impose aux internautes pour prouver qu'ils ne sont pas des robots.
Concrètement, une grille de neuf images s'afficherait à l'écran. Le candidat devrait cocher toutes celles qui contiennent un feu tricolore, un bus ou un passage piéton. En cas d'échec, l'intervention serait remplacée par un écran neutre portant la mention « Humanité non vérifiée ».
Trois échecs sur sept
La phase pilote, menée le mois dernier avec sept candidats fictifs joués par des comédiens et des collaborateurs, a donné des résultats que le rapport qualifie de « préoccupants ». Trois candidats ont échoué au premier essai. L'un est resté bloqué quarante minutes sur les passages piétons, en hésitant sur une case où l'on ne voyait qu'un morceau de bande blanche.
Un autre a coché toutes les images, « par volonté de rassemblement ». Un troisième a refusé de répondre, estimant que la question des feux tricolores « relevait de la compétence des collectivités ».
Le deepfake, meilleur élève
Le résultat le plus troublant figure en annexe. Les testeurs ont soumis au même examen une vidéo entièrement générée par IA, représentant un candidat fictif. Elle a réussi le test du premier coup, en 2,1 secondes, et obtenu la mention « très humain » pour la fluidité de ses gestes et la sincérité perçue de son sourire.
L'Autorité reconnaît « une marge de progrès ». Elle envisage d'inverser le test : seraient considérés comme humains les candidats qui échouent, « l'hésitation étant devenue le dernier signe distinctif de notre espèce ».
Le technicien du plateau
Lors de la phase pilote, un technicien du plateau, Rachid, était chargé de déclencher la grille. Pendant les quarante minutes de blocage sur les passages piétons, il a fini par se pencher vers le comédien, hors micro.
Il lui a soufflé que la bande blanche du coin en bas à droite comptait. Le comédien a coché, et il a réussi. Le rapport a classé l'incident comme une « intervention humaine non autorisée ».
Bérénice Lhostal