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Chômage : l'algorithme de contrôle repère désormais les « futurs suspects » avant qu'ils perdent leur emploi

Après avoir ciblé les demandeurs d'emploi à contrôler en priorité, un modèle prédictif de l'opérateur public de l'emploi est testé sur des salariés encore en poste. Selon un document consulté par Mediatart, 2,3 millions d'entre eux ont reçu un « préavis de suspicion ».

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Dessin satirique : Chômage : l'algorithme de contrôle repère désormais les « futurs suspects » avant qu'ils perdent leur emploi
Illustration Mediatart.

Le document s'intitule « Anticipation des parcours à risque » et compte 18 pages. Il a été présenté en septembre au comité d'éthique de l'opérateur public de l'emploi. Il part d'un outil réel et déjà controversé : un algorithme qui désigne, parmi les demandeurs d'emploi, ceux qu'il faut contrôler en priorité. Il en propose l'extension logique.

« Pourquoi attendre qu'une personne soit au chômage pour la soupçonner ? », interroge la note de présentation. Le nouveau modèle analyserait les salariés encore en poste, à partir des données transmises par les employeurs, et calculerait leur probabilité de devenir un jour des « demandeurs d'emploi peu coopératifs ».

Quarante et un critères

Le modèle d'origine comptait 26 critères, parmi lesquels le nombre de rendez-vous reportés et la visibilité du CV en ligne. Le nouveau en compte 41. On y trouve l'ancienneté, le nombre d'arrêts maladie, la fréquence des pauses détectée par les logiciels de l'entreprise et, plus inattendu, « le temps passé à consulter des offres d'emploi pendant les heures de travail », jugé « symptomatique d'un détachement ».

Les salariés dont le score dépasse un seuil reçoivent un « préavis de suspicion ». Le courriel, consulté par Mediatart, est rédigé sur un ton chaleureux : « Vous n'êtes pas au chômage. Mais si vous l'étiez, nous aimerions vous dire que nous serions attentifs. »

Aucune décision n'est automatisée

La direction répète, chaque fois qu'on l'appelle : « Aucune décision n'est automatisée. » Le préavis ne serait qu'une « information ». Les personnes concernées n'ont donc aucun recours, puisqu'il n'y a rien à contester. Le document précise toutefois que le score « pourra être partagé avec les futurs conseillers, pour fluidifier l'accompagnement ».

Le comité d'éthique a validé l'expérimentation à l'unanimité. Il se compose de onze membres, dont quatre humains. Les sept autres sont des « agents conversationnels d'aide à la délibération », qui ont voté en 0,4 seconde.

Le préavis de Nadia

Nadia, 51 ans, caissière dans un supermarché du Nord depuis vingt-six ans, a reçu son préavis de suspicion un lundi matin. Son score était élevé en raison de deux arrêts maladie, pour le dos, et de recherches d'emploi faites sur son téléphone pendant sa pause, pour sa fille.

Elle a imprimé le courriel et l'a montré à son chef de rayon. Il l'a lu deux fois, puis il lui a montré le sien. Ils ont ri, dans la réserve, entre les packs d'eau. Ils ont décidé de fonder une association des pré-suspects. Elle compte à ce jour 14 membres et une machine à café.

Bérénice Lhostal

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