Allocution du 18 octobre : quatre versions testées sur un panel, la version « sincère » placée sous scellés
Avant la prise de parole présidentielle de dimanche soir, quatre textes ont été soumis à douze Français équipés de capteurs de pupille, selon un compte rendu consulté par Mediatart. Le mot « entendu » y a été mesuré au chronomètre.
Le compte rendu fait cinq pages et porte un tampon que l'on croyait réservé aux archives militaires : « Sensible, émotion ». Il résume une séance organisée dimanche en fin de matinée, quelques heures avant l'allocution télévisée annoncée en réaction aux violences de la veille.
Douze personnes y ont participé, réparties en quatre « profils » : quatre en colère, quatre inquiètes, trois mitigées et une qui pensait venir pour un test de yaourt. Chacune portait des lunettes mesurant la dilatation de ses pupilles, d'où le prestataire a tiré un « indice d'adhésion oculaire », jugé « plus fiable que l'opinion, qui ment ».
Les quatre versions
La version A, « de fermeté », a fait rétrécir les pupilles de sept panélistes. La version B, « d'écoute », a été interrompue au bout de six minutes, trois participants s'étant endormis, ce que le prestataire a qualifié « d'apaisement excessif ». La version C alternait un paragraphe ferme et un paragraphe compréhensif. Deux participants ont déclaré avoir le mal de mer.
La version D n'a été lue qu'une fois. L'indice d'adhésion a chuté de 31 points, puis remonté brutalement chez la panéliste du yaourt, qui s'est mise à pleurer. Le document a été placé dans un coffre, dont la combinaison a été confiée à un autre coffre.
Le chronomètre de l'écoute
L'essentiel du compte rendu porte sur une mesure : l'intervalle entre deux occurrences du verbe « entendre ». Au-delà de 40 secondes, le téléspectateur « décroche ». En deçà de 6 secondes, il « se sent pris pour un idiot ». La fenêtre optimale a été fixée à 22 secondes, « avec une tolérance de deux secondes pour respirer ».
Une recommandation finale propose d'équiper les téléviseurs connectés du même capteur, « afin d'ajuster le discours en temps réel ». Elle est classée « phase deux ».
Les quatre versions n'ont pas été écrites par des conseillers. Elles ont été générées par un modèle de langage à partir d'une consigne de neuf mots : « ferme, humain, rassurant, sans engagement chiffré, 14 minutes ». La version D, la sincère, est la seule qui ait été modifiée à la main, ce qui explique, selon le prestataire, « son taux d'erreur émotionnelle ».
Les lunettes
En sortant, la panéliste venue pour le yaourt a demandé si elle pouvait garder les lunettes. Elle voulait savoir si son mari la regardait encore, après quarante ans.
On les lui a reprises à la porte, conformément au protocole. Un technicien l'a rattrapée sur le trottoir. Il lui a dit que, d'après les mesures de la matinée, elle avait les pupilles les plus vivantes du panel, et que son mari serait bien bête.
Mathilde Cerquand