Budget 2027 : pour financer les amendements, chaque Français devrait fumer 31 paquets par jour, sous contrôle d'un capteur
Pendant l'examen de la partie recettes du budget, de nombreux amendements ont été « gagés » sur une hausse de la fiscalité du tabac. Un tableur de travail consulté par Mediatart en a fait l'addition, et propose de vérifier l'effort de chacun.
Chaque année, la même formule revient au bas de centaines d'amendements budgétaires : « La perte de recettes est compensée par la création d'une taxe additionnelle sur les tabacs. » C'est le gage, une convention qui permet de déposer une dépense sans dire comment la financer. Un administrateur a eu l'idée, cette année, de faire l'addition.
Son tableur, consulté par Mediatart, recense 1 284 amendements gagés sur le tabac pour la seule partie recettes du budget 2027. Pour que l'ensemble soit réellement financé, chaque adulte du pays devrait fumer 31 paquets par jour. Le document précise : « Hors week-end. »
Le civisme par paquet
Le calcul aurait pu rester une curiosité de couloir. Une annexe, ajoutée par un cabinet, en tire pourtant des conclusions opérationnelles. Elle propose un « briquet citoyen » connecté, distribué à chaque foyer, qui transmettrait la consommation réelle au ministère de l'Équilibre des comptes.
Les foyers en retard sur l'objectif recevraient un rappel, puis une « invitation à l'effort ». Les non-fumeurs seraient invités à « compenser par d'autres moyens », la liste restant à définir. Les foyers aisés pourraient acheter des paquets « fumés par délégation », confiés à des fumeurs professionnels rémunérés au paquet.
Le modèle ne tient pas
Le tableur relève une difficulté. À 31 paquets par jour, la population fumeuse diminuerait rapidement, ce qui réduirait la recette et obligerait à relever l'objectif des survivants. Une cellule affiche alors une erreur de calcul, que l'administrateur a commentée sobrement : « Le modèle n'est pas soutenable. Le budget non plus. »
Un rapporteur reconnaît que le gage est « une fiction utile ». Il propose de la remplacer par une fiction plus moderne : un gage sur « les économies futures liées à l'intelligence artificielle ».
Le tableur a été soumis à un assistant d'IA budgétaire, désormais utilisé par plusieurs administrations pour « optimiser les recettes ». Il a proposé, en deux secondes, de remplacer le gage tabac par un gage sur « la consommation d'IA des ménages », taxée à chaque requête. Il a précisé que lui-même en serait exonéré, « pour ne pas freiner l'innovation ».
Le buraliste de la Creuse
Dans un bourg de la Creuse, le dernier café a fermé au printemps. Le buraliste, Jean-Pierre, a lu l'article du tableur dans le journal local. Il a affiché sur sa porte : « Ici, on ne fume pas pour l'État. On parle. »
Il a sorti trois chaises et une cafetière. Il a vendu ce jour-là zéro paquet et 46 cafés. Une habitante est restée deux heures. Elle a dit en partant qu'elle n'avait pas autant parlé depuis l'enterrement de son mari, et qu'elle reviendrait jeudi.
Yanis Ferrandou